Journal de bord
Début 1996
Premier travail sur le texte de Tchékhov avec les comédiens.
1996-1997
Travail avec les comédiens en vue du
tournage (répétitions au théâtre Le Ranelagh
et à Confluences). On se voit une à deux fois par mois.
Avec Alain Berlaud, le compositeur, on développe le projet
musical qui doit guider le tournage. Les musiciens joueront en direct. Le minutage de chaque séquence est
anticipé.
(EXTRAITS DU JOURNAL tenu pendant la préparation du tournage)
Six août 1997
Évidemment, je n’ai toujours pas de réponses des
producteurs. Ça s’entasse sur leurs bureaux. Ça
s’accumule. Ça s’ajoute à d’autres
projets. Bleus de Chine
(BDC) est en sélection aux festivals de Clermont-Ferrand et de
Pantin. C’est soit tant mieux pour toi, soit t’as pris la
place d’un autre. Forcément. Mais la production s’en
balance comme de l’an 40. Je leur ai porté
aujourd’hui 4 cassettes VHS à envoyer à quatre
festivals français. La secrétaire tique :
« Est-ce
que c’était convenu dans le contrat ? est-ce que,
est-ce que ? et puis quatre, ça fait
beaucoup. ». Pff. Ça l’emmerde. Par principe,
bien sûr. Et avec ça, il faut que je me batte pour La
Noce.
Je paye de ma poche. Je fais mon possible pour attirer des techniciens
vers le projet. J’allèche et je lâche un peu ici et
là. Je fais avec. Je cours peut-être à la
catastrophe. Tout le tournage ne risque d’être qu’un
colmatage de brêches permanentes, qu’un recollage express
de choses qui craquent de partout. Il va s’agir de ne pas se
laisser déborder, ni de se noyer. Va falloir accuser le coup,
amortir les chocs, serrer les fesses, sourire à droite et
à gauche, gérer des problèmes personnels à
tire-larigot. Personne n’est payé donc tout le monde a le
droit de se plaindre et a le droit à des égards. Et les
comédiens ?? Est-ce qu’ils vont bien assurer leurs
rôles après un an et demi de travail ? Quelques-uns
sont prêts. Quelques-uns ne s’arrêteront pas à
La Noce. J’ai envie de retravailler avec certains.
J’ai rarement les gens que je veux, mais toujours les gens que je
peux. Disponibles gracieusement, libres et désoeuvrés.
Plus ou moins à motiver. À manipuler, à flatter,
à cajoler, à détendre, à rassurer. Et tout
ça, pour quoi ?? Pourquoi La Noce ?? Parce
que. Direction d’acteurs. Défi personnel… Je jubile
de cette
collaboration avec Alain le compositeur. Ça, ce sera formidable.
Son travail
mérite le Dolby stéréo. Bon. Pourquoi La
Noce ? Sans production, sans sou, des techniciens s’y
intéressent tout de même, peut-être que ça
marchera. Arriverai-je jamais à être payé pour
faire du cinéma ?? j’aimerais tant avoir un
collaborateur ou une collaboratrice à qui faire totalement
confiance en production. Ce sera l’aube d’une nouvelle vie
pour moi. Une vie où j’aurai le droit de faire des films,
on m’en reconnaîtra le droit.
22h40. Je ressens une plénitude fragile. Si
fragile qu’elle menace même de se casser, entre la
préface du livre ACTION de Nicholas Ray que mon esprit
dévore, et le cahier à ouvrir et le stylo à
positionner. Elle s’estompe déjà. Je sais
qu’elle était nourrie par cette lecture et par ce
sentiment terriblement fugitif d’être à la bonne
place, au bon moment. J’ai eu au téléphone des gens
du son pour leur proposer d’être perchman. Deux
d’entre eux étaient sur Bleus de Chine. Tout
d’un coup n’a plus existé de temps entre la
dernière fois et maintenant. Allez, on laisse la pointe du Bic
au repos. Vite, vite, la lecture de Nick Ray.
Huit août 1997
Je viens, en tant que producteur et financier, de perdre une bataille
avec l’ingénieur du son. J’ai fini par lui
lâcher 4.000 FF. J’aurais préféré
3.000 FF, mais je gagnerai ces 1.000 FF ailleurs. D’autre part,
j’ai vu ce matin la costumière et l’on en est venu
à parler de ce qui me motivait le plus profondément dans
ce projet : ces personnages que je connaissais si bien. Cette
mère complexe et inexplicable, destructrice sans le vouloir
qu’est Nastassia (qui a des points communs avec la mienne). Cet
homme insipide et commun qu’est Sergueï (qui a des points
communs avec mon père). Ce jeune marié intraitable et
poseur. Tous ces personnages où je me retrouve aussi bien sûr. Nastassia
et Sergueï parce que je viens de là, Alexeï,
boîteux et qui se cache derrière son verbe (moi), Mitia
qui vit mal ce mariage et se renferme dans sa coquille (moi), Yat qui
achète des amours trompeuses et se ridiculise (moi), ce
Vice-Amiral qui se gausse de ses expériences avec des mots
abscons (moi), ce confiseur qui regarde tout cela en tripotant la Dame
en Rouge (moi) et le contrebassiste saoul (moi), le violoniste qui,
homme de principe, tient le coup un moment mais finira par suivre
l’altiste joyeux drille. La violoncelliste qui tient coûte que coûte. Bref. Moi, moi, moi…
Fin août 1997
Tournage au théâtre de Gennevilliers, en auto-production. Il s’intitule
alors UNE NOCE EN FANFARE, et doit durer 26 minutes. On est
jusqu’à quarante-quatre personnes sur le plateau !
J’en suis le réalisateur… Et à nouveau le
producteur.
Lionel mon frère nous donne un coup de main en
secondant Renaud Henry, le super régisseur. Claire ma sœur
m’avait suivi depuis le début des réunions avec
les acteurs, pour leur proposer une préparation physique avant
chaque session de travail avec moi. Merci, merci à tous les deux.
Ah oui, un souvenir du tournage ! On a dû repeindre, une nuit, toute la surface du sol en noir, parce que la peinture originelle n’était pas unie et que je voulais tout uniformément noir.
1998
Juillet
Premier montage, à l’INA. Il dure 22 minutes.
Septembre
Refus de l’aide du THECIF (Région île de France).
Novembre
Refus de la co-production avec l’INA.
1999
Avril
Deuxième montage à Movimento (on
décide de couper toute la première partie). Le film fait
maintenant 13 minutes. Dans la foulée, on fait le montage son.
Nuit du 4 au 5 août
Mixage. Mixer la nuit, ça coûte beaucoup, beaucoup moins cher…
Octobre-novembre
Trucage du premier plan.
Décembre
Générique et montage négatif.
2000
Janvier
J’apporte 15.000 FF (soit 2.300 euros), en liquide,
au laboratoire Cinédia pour emporter les deux copies
définitives du film, en 35 mm.
g quelques mots |
||||||
![]() |
||||||