Journal du montage

Novembre 2001

Vendredi 9 novembre
Quel merdier cette histoire de format ! L’emballement pour la filière tout numérique en post-production me paraît aujourd’hui une erreur, ce sera trop cher, trop trop si on veut le maximum de qualité. Bref, ici, en salle de montage, on regarde l’image sur un moniteur avec un rapport de 2.45, et non 2.72 comme ce qui a été imprimé sur l’image 16 mm d’origine. Et sur l’ordinateur, l’image du film (en double) est au format 2.50, plus large, mais pas encore au bon format !! Donc, l’image de mon film, la vraie, je ne la verrai qu’à la première projection du film. D’ici là, je dois me contenter d’une carte postale minuscule et du mauvais format ! Je me rends compte que les personnages de LSD ont été tellement pensés avant casting que les comédiens ont dû tous appliquer quelque chose. Sauf Christophe Odent. J’aimerais faire un film où le personnage ne pré-existe que très peu avant sa prise en charge par un comédien. Peut-être pour le film avec Agnès Soral, non ? Bilan de la journée de montage (tout synchronisé, et les choix commencés) : Mise en scène inégale : faible première partie, meilleure deuxième (scènes d’action).

Lundi 12 novembre
Bilan de la journée de travail : un mal au ventre discret mais persistant. Un mal-être qui ne demande qu’à s’exprimer. En terme de quantité d’efficacité de travail de montage, aujourd’hui fut une bonne journée. On a à peu près monté 7 minutes 15 utiles, on avait prévu au tournage que les séquences dureraient 7 minutes 50, c’est donc positif, rapport prévision / réalisation. Par contre, je ne vois qu’un bout à bout abrupt de plans les uns contre les autres avec lesquels je dois me battre (on doit se battre avec Anouk). Je ne vois pas un film, je vois un entrechoquement de coupes sèches. Pas de fluidité. Je dois faire face à moi, ma manière de tourner. C’est l’expérience traumatisante des épousailles qui se reproduit.

Mardi 13 novembre
Dès la séquence 9, je vois que les plans trouvent plus facilement leur place. Le film est mieux, et quand on rentre dans l’imaginaire, le film décolle carrément (la rétine) je crois. Enfin !! J’y crois à nouveau. Ce qui m’y a attiré (dans le scénario) dès le début, je le retrouve passionnément intact une fois filmé. Choc, mais choc parce que cinématographique. Nouveau, bien, juste. J’aime. Je suis fier de ça. Anouk m’a jeté dehors parce que j’ai tendance à être invivable (aussi) quand je suis enthousiaste. Maintenant, on est à 12 minutes 30 utiles, une minute de moins que prévu.

Mercredi 14 novembre
Le cinéma (en faire) vous fout l’âme dans tous ses états. EN PERMANENCE. Intuitivement, j’ai peur. LSD, en montage, me fait l’effet moitié BDC, moitié Les épousailles. Des moments qui vont tout seul, des moments avec lesquels il faut se battre. Et tout ça sans aucune garantie de réussite quelconque. Sur l’ensemble, je ne sens rien de cohérent (sauf le scénario). Sur le particulier, c’est le chaos désespérant ou les moments bien de temps en temps. Demain, on attaque les sables mouvants.

Jeudi 15 novembre
Soir. On en a fini du film, court, plus court que prévu, 23 minutes maxi. Donc ça veut dire qu’on a trouvé le film que l’on veut faire. Maintenant, il va falloir qu’on trouve le meilleur film possible, le meilleur film de tous les instants.

Vendredi 16 novembre
Travail d’affinage qui commence avec la toute fin. Moins de temps sur Rüdiger, plus sur la petite, retrouver l’identification avec elle de la manière la plus subtile et la plus invisible possible. Faire ressentir (croire) que l’on prend en charge la prise de conscience du père alors que c’est le traumatisme de la petite qui est fondamental et sismique (si émotion il y a).

Mardi 20 novembre
Avec Anouk, on vient de voir les 21 minutes 30 du film presque fini. On le regarde d’un trait. Bien sûr, il y aura tout le travail du son, mais bon, je vois bien ce que ça donne quand même. Ça donne… Une suite d’intentions mais pas de réalisation, un film sec, sans fioriture, sans chaleur, sans temps de cinéma. Des fois, je crois voir BDC et donc un film que je ne comprends pas bien, tout en cassures, rien de fluide… Ou si peu.

Mercredi 21 novembre
Stéphanie, la monteuse de La Traversée de Lifshitz, amie d’Anouk est venue voir LSD en salle de montage. Elle ne savait rien de cette histoire. Ça lui a plu, cela m’a remonté le moral. Des remarques de détail sur sa perception du montage du film. Anouk a trouvé un effet que je crois très réussi, celui de faire apparaître « la cavalerie » (le maître nageur sauvant Étienne) off, sur le visage de Claire. Très belle idée que je n’aurais pas eu seul.

Vendredi 23 novembre
Grosse fatigue ce soir. À rester toute la journée hyper concentré sur la coupe à l’image près, la durée du plan la plus juste, la fluidité partout, préparer le son, avoir le meilleur montage image possible avec ce qu’on avait comme matériel… Je crois que c’est réussi.

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