quelqu'un d'autre

Musique classique très vive. C’est un quatuor à cordes.

 1.         PLAGE (à Berck/Mer).                                          EXT. JOUR.

 Une plage de sable, à marée basse, s’étale sous le ciel couvert.
Il pleut. Un char à voile lancé à pleine vitesse apparaît : Sa voile triangulaire surmonte le carénage blanc allongé et les deux roues largement écartées à l’arrière. Une rigole d’eau de mer éclabousse le casque de motard du conducteur, visière noire baissée, qui vibre et cogne à chaque secousse.
À ras du sol, la plage défile vite.

Une roue arrière décolle. Le char à voile penche sur le côté, la structure vrombit. Le vent fouette. Droit devant, une digue de rochers massifs traverse la plage et barre la route. L’engin, une roue en l’air, fonce droit dessus. La voile claque fort. Les rochers se rapprochent à toute vitesse.

 2.         CHAMBRE D’HÔPITAL.                                   INT. JOUR.

 
Vu
e plongeante de la plage, avec la digue de rochers. Le char à voile se remet d’aplomb et ses roues arrière dérapent sur le sable. Il fait un tête-à-queue, recule et s’arrête brutalement. Il devient flou.

Chambre d’hôpital. Le lit vide, drap du dessus froissé, est dans la pénombre. LISE, une jeune femme de vingt-cinq ans, a le regard perdu vers l’extérieur, la main en arrêt avec un rasoir plein de mousse à raser. Ses yeux se gonflent de larmes. Les cheveux coupés courts, elle a un beau visage fin, sans maquillage. Elle s’essuie les joues et continue de raser la joue émaciée de FRÉDÉRIC, un homme plus vieux qu’elle, qui est assis en survêtement dans le fauteuil près du lit. Les yeux fermés, il a la tête basculée en arrière. Au niveau de sa gorge, un morceau de tube ouvert en plastique blanc se soulève quand il respire. 

Sur le mur, des photos aux couleurs délavées sont accrochées, des photos de couple : Lise et Frédéric, grand sourire, emmitouflés dans de grosses combinaisons, devant des montagnes enneigées. Lise et Frédéric, en maillots de bain sur une plage, serrés amoureusement l’un contre l’autre.
Sur les photos, Lise avait les cheveux longs. Frédéric était un grand type baraqué avec une barbe.
Une dernière photo le montre, vêtu de cuir, poser fièrement à côté d’une puissante moto, avec sous le bras un casque de motard.
Une cloche d’église sonne. Quelqu’un
frappe à la porte. Une femme apparaît, la cinquantaine, vêtue d’une blouse verte : Une aide soignante.

             L’AIDE SOIGNANTE
                        avenante
Je peux ?

 LISE acquiesce et éteint une chaîne portative d’où provenaient des bruits d’enfants qui jouaient, couraient et s’éclaboussaient en riant.

 
L’AIDE SOIGNANTE

Bonjour Frédéric. C’est bien plus agréable de 
s’faire chouchouter par sa p’tite femme, non ?

 Les deux femmes s’embrassent familièrement. L’aide soignante a un geste affectueux vers Lise les yeux brillants.


L’AIDE SOIGNANTE

… Lise ?

 
            LISE               
                
souriant
Ça va, ça va… Ça me fait plaisir de vous voir, Stella.

 LISE continue de raser Frédéric. STELLA s’assoit sur le lit.

        STELLA

Vous pouviez laisser le bruit des enfants. Ça n’me dérangeait pas. 

             LISE

L’enregistrement, c’est Philippe et Myriam… Vous savez, ceux qui gèrent la base de loisirs depuis, depuis… Heureusement qu’ils sont là.

 Stella acquiesce. LISE essuie le visage de Frédéric avec une serviette.

                                             

STELLA

Vous vous souvenez, Frédéric ? 
Avec les f’nêtres ouvertes c’t’été, la plage, les enfants.

 FRÉDÉRIC sans réaction. LISE sourit tristement.

 
LISE

Je pensais aller faire des courses avec Frédéric. Mais vu le temps. 

STELLA

Ça va changer. En attendant, j’vous offre un café ? (Lise fait oui)

 STELLA déplie un fauteuil roulant et aide Lise à soulever son mari. C’est difficile, mais elles ont l’habitude. LISE met une veste et suit Stella, avec Frédéric en fauteuil.

 LISE

… Alors, votre dîner, ça s’est bien passé ?

 STELLA

Comme d’habitude, il n’a rien compris. Qu’est-ce que j’faisais là à l’attendre à son travail : « il est arrivé quelque chose ? ». En sortant d’la voiture, il remarque que j’porte sa robe préférée. D’un coup, illumination ! Vingt-sept ans de mariage, il oublie à chaque fois. L’année prochaine, je n’fais rien.

 La porte se referme sur la chambre d’hôpital vide.
Les voix se perdent en s’éloignant dans le couloir.

Carton du titre :

 QUELQU’ UN   D’AUTRE

 La musique du quatuor reprend. C’est le même morceau qu’au début du film.

 3.         CHAMBRE  d'un  appartement.                            INT. SOIR.

 Les yeux fermés, une jeune femme joue du violon, très habitée par la musique. SIGRID fronce les sourcils, ce qui durcit son visage encadré de cheveux longs.

 SIGRID

Cres-cen-do, Grégoire !!

 
Elle ouvre les yeux et regarde un autre violoniste à côté d’elle :  GRÉGOIRE, cheveux noirs touffus et yeux clairs, qui tout en jouant tourne la tête et hausse les sourcils vers CLARA, une jolie brune qui attaque sa partie d’alto. Au violoncelle, BERNARD, les lunettes sur son front dégarni, joue en alternant regard sur la partition et regard vers Sigrid. Les quatre musiciens, disposés en demi-cercle, sont éclairés par le faisceau unique d’une lampe au plafond. Ils ont tous une trentaine d’années.
Face à eux, assise sur le bord d’un canapé-lit jonché de partitions, une femme maquillée, 45 ans, les écoute. JULIETTE, habillée d’un manteau chic à col de fourrure, dénote dans le petit appartement composé d’une seule pièce avec cuisine à l’américaine. Elle ne quitte pas Grégoire des yeux
. Le violoncelliste donne un profond coup d’archet et s’arrête.

 BERNARD

Ah non, ça ne va pas, on n’est pas ensemble.

 La musique s’arrête. Les regards convergent vers Grégoire.

(… la suite, au cinéma dès que possible !!)

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